Resume:

Le destin météorique de Christopher Wallace ne pouvait pas échapper, tôt ou tard, à l’appétit insatiable d’Hollywood pour les biopics clinquants de destinées hors du commun. Et il faut bien dire que la vie – et la mort -  du rappeur star de la côte Est regroupe tous les ingrédients du rêve américain saupoudré de tragédie grecque : un bon petit gars rondouillard (pas pour rien que l’un de ses surnoms est Biggie Smalls avec son mètre90 pour 136 kgs) d’un des quartiers les plus défavorisé de New York vend de la drogue au coin des rues pour se faire de l’argent de poche avant de s’en sortir grâce à un flow imparable. S’en suivront le succès, l’argent, les filles et aussi la jalousie, les rancoeurs et enfin, au bout du chemin, à 24 ans seulement, la mort… Rideau !

Le film commence d’ailleurs le soir de son assassinat sordide à Los Angeles, une fin absurde mais finalement inévitable dans une guerre des gangs entre rappeurs des deux côtes. La mort six mois avant de Tupac Shakur ne pouvait pas rester impuni dans cet univers de luxe, de stupre et de flambe… Christopher Wallace en sera donc une victime expiatoire qui aura évidemment pris le chemin de la rédemption et de la prise conscience de ses pêchés dans les jours précédant sa mort – comme s’il avait senti que son heure était arrivée. C’est en tout cas ce que s’applique à démontrer très sagement et didactiquement ce biopic bien trop lisse pour être complètement honnête et convaincant. Il faut dire que le scénario a été supervisé – agrée même -  par Voletta Wallace, la propre mère du chanteur et deux de ses anciens managers. Et c’est peu dire que le film donne à la première le beau rôle : une mère aimante, protectrice, compréhensive. Aucune ombre au tableau, surtout ne pas remettre en cause la version officielle de la famille et des proches. On est plus proche de l’hagiographie que du portrait réaliste et complexe pourtant fièrement mis en avant dans le dossier de presse. Toutefois, le film se suit sans déplaisir ni ennui. Il ne réservera certes aucune surprise aux fans de B.I.G. mais titillera la curiosité des autres de découvrir les trois albums – dont deux posthumes –  et autres compilations du rappeur. Il faut dire que, même si la réalisation de George Tillman Jr ne fait pas d’étincelles et joue presque étonnamment la carte de la sobriété et de la réalité urbaine (le film a été entièrement tourné en décors naturels), les scènes musicales sont plutôt très réussies. On regrette même qu’il n’y en ait pas plus. Autre point au crédit du film, le choix pour incarner Biggie d’un parfait inconnu, Jamal Woolard, sosie assez troublant du rappeur décédé. Et pour incarner B.I.G. jeune, les producteurs n’ont rien trouvé de mieux que de choisir… le propre fils de Biggie ! Etonnamment, ces jeunes amateurs s’en sortent mieux que les acteurs professionnels qui les entourent : Angela Basset en fait des tonnes dans le rôle de Voletta Wallace et Derek Luke a au contraire du mal à incarner la flamboyance et la frime de Puff Daddy, l’ami et confident de Biggie. Antonique Smith et Naturi Naughton (oui, oui, ce sont bien leurs prénoms !) brillent surtout par leur ressemblance physique avec Faith Evans et Lil’ Kim.

Life After Death, c’est le titre de l’album sorti quelques semaines après la mort du chanteur, titre prémonitoire prévu bien avant son assassinat. S’il en était encore besoin, cette ironie du sort prouve que la vie est décidément bien plus imprévisible et surprenante que la fiction. Dommage qu’Hollywood l’oublie une fois plus dans ce biopic propret et sans aspérités alors qu’il y avait vraiment matière à faire plus, tellement bigger…